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Gallimard
JACQUES PRÉVERT
Jacques Prévert s'en est allé le 11 avril 1977. Il était
né 77 ans plus tôt, le 4 fevrier 1900, à Neuilly-sur-Seine,
dans la banlieue de Paris.
Il a raconté son enfance dans un texte qui ouvre le recueil Choses
et Autres et où il évoque la fête des premières
années et les soucis qui suivirent.
On y apprend que son père André Prévert travaillait
à « la Providence », une grande compagnie d'Assurances
de Paris, mais ne s'intéressait que médiocrement aux accidents
et aux incendies. Il faisait ce métier « en attendant,~,
disait-il, mais sans donner « jamais aucune précision sur
ce qu'il attendait ». Il était bien plus passionné
de théâtre et écrivait un peu dans les journaux, en
qualité de critique dramatique.
De famille bourgeoise, il avait pourtant épousé une jeune
fille pauvre qui aidait sa mère à faire des sacs de papier
pour les marchands des Halles et le couple avait eu un premier enfant,
de deux ans l'ainé de Jacques.
Le poete raconte aussi la naissance de son jeune frère, Pierre,
qui devint cineaste, le chômage et les ennuis de plus en plus graves
auxquels durent faire face ses parents, leurs déménagements
dans Paris, puis, après la saisie du mobilier, à Toulon,
et comment il empêcha son père de se suicider.
Celui-ci retrouve enfin un emploi, à l'Office central des Pauvres
de Paris: il s'agissait d'aller « visiter les pauvres pour savoir
s'ils méritent qu'on leur vienne en aide », visites instructives
pour le petit Jacques qui accompagnera souvent son père le jeudi,
découvrant des misères qu'il n'imaginait pas.
Le reste de la semaine, c'est l'école où il s'ennuie la
plupart du temps, dans l'attente du jardin du Luxembourg et des jeux.
Il aime lire (David Copperf eld, les Trois Mousquetaires, les Mille et
Une Nuits, le Tour de France par deux enfants, Sitting Bull, la Case de
l'Oncle Tom). Il découvre le cinéma. Dès l'âge
de 13 ans il s'efforce de gagner sa vie et pour cela il exerce toutes
sortes de métiers, plus ou moins avouables.
Durant son service militaire il fait la connaissance du futur peintre
surréaliste Yves Tanguy puis de Marcel Duhamel, futur directeur
d'une collection de romans intitulée, suivant la suggestion de
son ami Jacques, « la Série Noire ».
Après le service, Prévert travaille au Courrier de la Presse
où il prend l'habitude de parcourir rapidement les journaux el
d'en extraire les informations les plus significatives, odieuses ou cocasses
(il mettra ce talent en uvre beaucoup plus tard dans un livre d'entretiens
avec André Pozner Hebdromadaires).
A 23 ans, il commence à figurer dans des films puis Marcel Duhamel
l'heberge avec Yves Tanguy dans une maison rue du Château où
se réuniront fréquemment les Surréalistes Jacques
Prévert retrouve là Louis Aragon qu'il avait connu enfant
et devient l'ami d'André Breton, Benjamin Péret Robert Desnos,
Michel Leiris, Raymond Queneau, Philippe Soupault, d'autres encore.
Trés défiant à l'égard de tous les cultes
et de tous les mot~ en isme qui les désigne, Jacques Prévert
fera toujours exception pour le Surréalisme (« de tous les
mots en isme, c'était 1c meilleur »). Il en a retenu le «
rire agressivement salubre » I'amour de la vie, la liberté.
Les premiers textes de Jacques Prévert sont publiés dan~
des revues en même temps que son nom apparait au génériqu~
de films (notamment de Pierre Prévert puis de Jean Renoir dont
il a écrit le scénario et les dialogues.
Entre 1932 et 1936, il rédige de nombreux textes pour un~ troupe
théâtrale qui, en souvenir de la révolution d'Octobre
1917, prend le nom de « Groupe Octobre » et qui, à
1` recherche d'un public populaire, se produit dans les usines o~ les
magasins en grève: tentative d'un théâtre d'expression
très directe, lié à l'actualité politique,
tourné vers l'action immédiate.
Au terme de cette expérience, Jacques Prévert fait la rencontre
de Marcel Carné avec lequel il va donner au cinéma français,
dans des genres différents, quelques-uns de ses plus grands chefs-d'uvre:
Drôle de drame (1937), le Quai des brumes (1938), les Visiteurs
du soir (1942), les Enfants du Paradis (1945), les Portes de la nuit (1946),
etc.
Parallèlement, il signe aussi les dialogues de très beaux
films d'autres réalisateurs: Jean Grémillon (Lumière
d'été, 1943), Christian-Jaque (Sortilèges, 1944)
avec lequel il avait travaillé avant-guerre aux Disparus de Saint-Agil
(dont des enfants sont les protagonistes), André Cayatte (les Amants
de Vérone, 1949).
Désormais Jacques Prévert est célèbre. La
publication en 1945 par René Bertelé du premier recueil
de ses textes, Paroles, connait un immense retentissement, encore accru
par les chansons de Joseph Kosma qu'interprétent Juliette Gréco,
Yves Montand, Mouloudji...
De sa femme Janine, avec laquelle il vivra un discret mais profond amour
de plus de trente annees, il a une fille Michèle,
et tout se passe alors comme si c'était un peu en pensant à
elle qu'il écrit successivement Contes pour enfants pas sages et
le Petit Lion (1947), le commentaire du film d'Albert Lamorisse Bim le
Petit Ane (1949) ou le scénario et les dialogues de la Bergère
et le Ramoneur de Paul Grimault (1950, 2e version: 1979, sous le titre
le Roi et l'Oiseau), et plus tard, I'Opéra de la lune avec des
images de Jacqueline Duhême (1953).
Les recueils poétiques se succèdent: Histoires (1946-1963),
Spectacle (1951), la Pluie et le Beau Temps (1953), mais il ne renonce
pas au cinéma, adaptant Notre-Dame de Paris de Victor Hugo pour
Jean Delannoy (1956) ou racontant 1'histoire d'Agnès Bernauer dans
les Amours célèbres de Michel Boisrond (1961).
De nombreux peintres (Braque, Picasso, Calder, Miro, Max Ernst) et photographes
(Brassa~, Ylla, Izis, André Villers, Robert Doisneau) sont ses
amis et illustrent ses livres lorsque ce n'est pas lui qui figure sur
leurs portraits ou qui présente leurs uvres. Tous l'encouragent
à cultiver son goût des collages qui se manifeste enfin dans
Fatras (1966) et Imaginaires (1970).
Avec son frère Pierre, il travaille aussi pour la télévision:
le Petit Claus et le Grand Claus (1964) d'aprés Andersen, et la
Maison du Passeur (1965) font les délices de ceux qui ont la chance
de les voir. Il fait paraitre Arbres (1968) avec des gravures de Georges
Ribemont-Dessaignes.
Un ultime recueil composé avec René Bertelé, Choses
et Autres (1972), livre à ses lecteurs, à côté
de souvenirs d'enfance, le témoignage de sa jeunesse intacte et
de sa sympathie avec tous les mouvements de libération. Mais Jacques
Prévert n'a pas fini de nous surprendre car il laisse beaucoup
de textes que révèlent notamment un volume publié
en 1980 sous le titre Soleil de nuit et un autre en 1984: La cinquième
saison.
Arnaud LASTER
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